• I-O LIFE
  • Ceci n'est pas du sport... c'est un traitement !

Tout au long de la maladie cancéreuse, l'activité physique est un des éléments à part entière du traitement. Maëlle Detry (1) explique pourquoi et comment.

FRANCHEMENT, QUAND UNE PERSONNE VIENT D'APPRENDRE (OU A APPRIS RECEMMENT) QU'ELLE SOUFFRAIT D'UN CANCER, N'EST-IL PAS UN PEU DEPLACE DE VENIR LUI CONSEILLER DE "FAIRE DE L'ACTIVITE PHYSIQUE" ?

A tous les stades de la maladie cancéreuse, celui ou celle qui souffle à l'oreille d'une personne souffrant d'un cancer qu'elle devrait faire de l'exercice a... raison et bien raison! En effet, études scientifiques à l'appui (2), "il est recommandé d'ajouter de l'activité physique aux autres traitements, y compris d'immunothérapie, et ce dès le début de la maladie", assure Maëlle Detry.

QU'APPORTE LA PRATIQUE D'UNE ACTIVITE PHYSIQUE ?

Soyons franc : jusqu'aux années 1980, en oncologie, personne ne s'intéressait vraiment à l'activité physique, un domaine jugé très accessoire par rapport à l'ensemble des traitements mis en place pour combattre la maladie.

Puis, dans un premier temps, on a démontré que les malades suivant des séances d'activités physiques bénéficiaient d'une amélioration de leur qualité de vie. Leur santé globale mais aussi leur estime de soi étaient meilleures, tout comme leur sommeil. De plus, les cours collectifs de sport contribuaient à rompre l'isolement, un facteur bénéfique au moral. D'ailleurs, chez les patients actifs, on relevait aussi moins d'anxiété et de dépression. Résultat : dès les années 2000, des recommandations ont inclus la promotion de l'activité physique, véritable soin de support pour les malades.

Mais l'histoire ne s'est pas arrêtée là (pas plus que les recherches sur ce sujet). Actuellement, on sait que l'activité physique fait partie intégrale du traitement, tout au long de la maladie. « Elle ne remplace aucune des autres thérapies, mais elle les complète efficacement » précise Maëlle Detry. Ainsi, dans certains cancers (sein, colorectal, prostate), des études montrent qu'elle entraîne une réduction du risque de mortalité due à la maladie.

COMMENT ET POURQUOI EST-CE QUE "ÇA MARCHE" ?

"Lorsqu'il est pratiqué de manière régulière, l'exercice a une action sur les taux circulants de certaines hormones et facteurs de croissance, détaille Maëlle Detry. Il permet de réduire les facteurs inflammatoires, avec une diminution de l'immunorésistance et des marqueurs inflammatoires, une modulation des dommages à l'ADN oxydatif et une baisse de la production du taux d'oestrogène. On peut donc parler d'un véritable effet physiologique, puisque l'on modifie des facteurs qui interviennent dans le développement des cancers".

L'EXERCICE PHYSIQUE APPORTE-T-IL D'AUTRES BIENFAITS ?

Il aide à supporter les traitements (3) Il parvient aussi à contrecarrer certains effets secondaires et il a des effets sur l'anxiété et la dépression. Il occupe également une place importante pour la diminution de la fatigue, dont souffrent de 70 à 90 % des malades, . L'exercice est un moyen efficace qui parvient à s'opposer à cet effet-là.

POUR QUELLE RAISON L'ACTIVITE PHYSIQUE N'EST-ELLE PAS ENCORE SYSTEMATIQUE DANS TOUS LES TRAJETS DE SOINS ?

Entre assurer à des patients atteints d'un cancer qu'ils devraient se mettre à l'exercice physique et leur faire franchir le pas, il y a une différence. Beaucoup se disent que ce n'est vraiment pas le moment, qu'ils n'en sont pas capables, que cela va les fatiguer davantage encore.

"Au début, de nombreuses personnes le font uniquement parce que l'oncologue leur a dit de le faire", remarque la kinésithérapeute. Les thérapeutes, kinésithérapeutes ou kinésithérapeutes spécialisés en Exercise Medicine (4) contribuent à sécuriser les pratiques, à renforcer les motivations et à autonomiser les patients, pour qu'ils continuent sur leur lancée.

SE METTRE A L'EXERCICE PHYSIQUE, N'EST-CE PAS DANGEREUX ?

Au départ au moins, il est recommandé de bénéficier d'un soutien, par exemple de la part de kinésithérapeutes formés à la maladie cancéreuse, à ses traitements, à ses effets secondaires. Ces soignants adaptent les exercices à chacun. Ils les choisissent en anticipant ceux qui sont les plus appropriés à la personne, et en tenant compte des effets secondaires des traitements qui impactent le malade . Il existe peu de contre-indications au fait de pratiquer une activité physique mais plutôt des adaptations à y apporter. En effet, certains effets secondaires doivent être respectés et ils impliquent de moduler les exercices physiques réalisés par les malades.

NE PAS FAIRE D'EXERCICE PHYSIQUE, EST-CE DANGEREUX ?

Un risque de déconditionnement physique existe. Les malades bougent de moins en moins et deviennent de moins en moins résistants à l'effort. Or ce déconditionnement présente des effets délétères, y compris lors des traitements. De plus, des recherches ont montré une meilleure adhésion au traitement et moins d'effets secondaires grâce à l'activité physique.

BOUGER, MODE D'EMPLOI ET PETITS TRUCS ENTRE AMIS

- Si, avant la maladie, on était peu actif, est-ce que c'est grave ? Non. L'essentiel, c'est de s'y mettre, par exemple en optant pour la marche. "Progressivement, on conseille cependant d'alterner le rythme, avec des périodes de marche d'intensité moyenne suivies par d'autres, plus rapides. Le test, c'est d'être toujours capable de parler mais en étant un peu essoufflé : on a alors atteint la bonne intensité d'effort requis", indique Maëlle Detry.

- Dans "l'idéal", il est conseillé de viser 150 minutes d'activité physique à intensité moyenne à modérée par semaine, réparties en plusieurs séances.

- Souvent, les séances en groupe renforcent la motivation. Outre les bienfaits procurés par l'exercice, elles permettent d'échanger avec les autres malades, de recevoir un soutien... ou d'en donner, le tout sous la vigilance du thérapeute, garant du cadre et de la préservation de l'espace personnel de chacun.

- Inutile de se culpabiliser : "Tout ce que l'on fait, c'est déjà bien, assurent les kinésithérapeutes. Un peu, c'est toujours mieux que rien ! Mais rien n'empêche de penser à ajouter toujours un petit peu plus d'activité physique... ".

***notes***

  • (1)Kinésithérapeute, Maëlle Detry pratique l’Exercise Medicine en oncologie/hématologie aux Cliniques Universitaires Saint-Luc où elle travaille également à la Clinique du sein
  • (2)Pour plus d'informations :
    • - "Activité physique et cancer : mise au point et revue de la littérature", A.Desnoyers, E.Riesco, T.Fülop, M.Pavic (www.sciendirect.com)

    • - "State of the epidemiological evidence on physical activity and cancer prevention", Christine M.Friedenreich, Heather K.Neilson, Brigid M.Lynch (www.sciencedirect.com).

  • (3)Sport et cancer. Jean-Marc Descotes et Thierry Bouillet, éditions Chiron.
  • (4)L'Exercice Medicine utilise l'exercice physique comme outil de prévention et de traitement de pathologies, ou comme outil de lutte contre les effets secondaires de certains traitements. La formation d'Exercice Medecine est réservée à des professionnels de santé.

***remerciements***

Merci à Maëlle Detry et Ingrid de Biourge pour leur collaboration à cet article. Toutes deux pratiquent l’Exercise Medicine en oncologie/hématologie et sont kinésithérapeutes à la Clinique du sein aux Cliniques Universitaires Saint-Luc.

Dernière mise à jour : janvier 2019

ONCBE1901183 approved 02/2019

À LIRE AUSSI...

Comment parler du cancer à ses enfants ?

I-O life

Le cancer est une épreuve pour toute la famille, y compris pour les enfants. Mais doit-on leur en parler ? Comment ? Que faut-il dire et que faut-il taire ? Les conseils d’Aurore Liénard, oncopsychologue à l’Institut Jules Bordet.

Quand et comment peut-on envisager de reprendre le travail ?

I-O life

Le cancer chamboule tout, y compris la vie professionnelle. Vous devrez certainement vous absenter pour des périodes plus ou moins longues. Petit rappel de vos droits... et de vos devoirs.

Le cancer lorsqu’on a le statut d’indépendant

I-O life

Le cancer n’est facile pour personne. Mais si vous êtes travailleur(se) indépendant(e), vous devez faire face, en plus, à davantage d’incertitudes financières. Voici quelques informations qui peuvent vous aider à y voir plus clair.

Comment éviter un cancer de la peau ?

I-O Life

Pour se prémunir du cancer de la peau, on peut faire trois choses : éviter de s’exposer au soleil, porter des vêtements couvrants, ou s’enduire suffisamment de crème solaire.

I-O Pedia

Comment le corps réagit-il face aux immunotherapies ?

Immuno-Oncologie