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  • Le soutien psychologique du patient

Tous les centres du cancer proposent une prise en charge psychologique aux patients atteints de cancer. L’oncopsychologie se décline sous différentes « formules ».


La moitié des personnes atteintes d’un cancer éprouvent des difficultés d’ordre psychologique. Ces difficultés peuvent survenir à n’importe quel moment de leur parcours : à l’annonce du diagnostic ou d’une rechute, pendant les traitements ou même après. « Certains patients perdent pied quand ils sont en rémission », commente Nicole Delvaux, oncopsychologue (1) et chef du service de psychologie de l’Hôpital Erasme. « Chez d’autres, c’est la reprise du travail qui fragilise. D’autres encore éprouvent des difficultés d’adaptation aux traitements. Pourtant, les patients demandent rarement de l’aide de leur propre initiative. Neuf fois sur dix, c’est l’équipe soignante (CSO, infirmières, médecins, etc.) qui les oriente vers l’oncopsychologue. »

Les difficultés particulières des patients sous IO

Les patients sous immunothérapie présentent souvent deux grands types de difficultés. La première est liée à l’incertitude. « La grande majorité a déjà bénéficié d’autres traitements avant l’immunothérapie », rappelle Nicole Delvaux. « Des traitements qui se sont avérés décevants. Sur le plan émotionnel, ces patients ont donc davantage d’incertitudes quant à l’efficacité de l’IO. Ce qui, naturellement, peut générer de l’anxiété. »

Le deuxième type de difficultés concerne les modalités de l’immunothérapie et le rôle actif que le patient est censé y jouer. Pour rappel, afin de détecter un éventuel effet secondaire (2), il doit signaler rapidement tout symptôme ou changement à l’équipe médicale. « Or, cette dimension collaborative ne fonctionne pas de la même façon chez tout le monde », explique Nicole Delvaux. « Certains patients ont davantage de difficultés à y adhérer. D’autres peuvent développer des “réactions conditionnées” ; ils anticipent l’effet secondaire. Cela survient quand le traitement les stresse et que ce stress se répète ou se prolonge. Par exemple, si le patient sait qu’un traitement peut provoquer des nausées ou des douleurs, il se sent nauséeux ou a mal... avant même d’avoir reçu sa cure. En oncopsychologie, nous avons développé des techniques de “désensibilisation” qui permettent aux patients de battre en brèche la réaction conditionnée. »

Suivi individuel : un cadre flexible

En psychologie « traditionnelle », le cadre d’un suivi individuel est plutôt rigide. Le psychologue reçoit le patient dans un bureau ou un cabinet. Les séances durent entre 45 et 60 minutes et sont programmées de façon régulière et souvent sur une longue période. Il en va autrement de l’oncopsychologie. « Notre cadre de travail est plus flexible », explique Nicole Delvaux. « En effet, nous pensons l’aide au patient en fonction de son cancer, de son parcours thérapeutique, des modalités pratiques de traitement ou encore des symptômes ou effets secondaires dont il souffre. » Par exemple, certains patients hospitalisés sont trop fatigués pour soutenir une heure de conversation. L’oncopsychologue peut alors fractionner son intervention à son chevet en deux périodes de trente minutes. Idem avec la fréquence et la durée du suivi, adaptées et adaptables en fonction du problème auquel le patient est confronté. « Quand le patient est suivi en ambulatoire (3), il nous arrive de faire un point par téléphone avec lui, entre deux visites à l’hôpital. »

Groupes de parole ou groupes psychothérapeutiques ?

Les groupes de parole pour les patients atteints de cancer sont de moins en moins utilisés. Surtout en cours de traitement. « Nous préférons les groupes psychothérapeutiques », explique Nicole Delvaux. « La différence ? L’oncopsychologue ne se contente pas d’organiser et de faciliter les échanges et le partage des expériences entre participants. Il leur propose aussi des outils qui vont les aider à mieux gérer certaines situations. Il peut s’agir d’exercices de pleine conscience, de relaxation ou de sophrologie pour, par exemple, apprendre à dompter la peur de la récidive. »

Plusieurs études ont démontré que la participation à un groupe psychothérapeutique améliore la qualité de vie des patients. Mais ce type de suivi psychologique ne convient pas à tout le monde. Certains patients peuvent être fragilisés par la confrontation aux expériences des autres ou détester prendre la parole devant un groupe, aussi bienveillant soit-il.

Et le psychiatre ?

Il y a parfois une confusion entre le psychologue et le psychiatre. Le premier a fait un master en psychologie à l’université. Il peut avoir suivi une formation complémentaire pour devenir psychothérapeute et/ou oncopsychologue. Quant au psychiatre, il s’agit d’un médecin spécialisé en psychiatrie.

Dans le cadre du cancer, le psychiatre peut être amené à intervenir dans le cadre d’une détresse émotionnelle sévère. Exemples : une dépression, des idées ou comportements suicidaires, des troubles anxieux qui ont tendance à durer ou se répéter, etc. En tant que médecin, le psychiatre peut prescrire certains médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques, etc.) ou, dans les cas extrêmes, proposer une hospitalisation. « En cas de détresse émotionnelle sévère, les meilleurs résultats s’obtiennent avec un dispositif multiple qui combine approche médicamenteuse, intervention psychologique et un surcroit de communication au sein de l’équipe soignante », ajoute Nicole Delvaux. « Avec l’appui des proches, nous devons resserrer le dispositif relationnel autour du patient en détresse afin de l’aider à surmonter cette mauvaise passe. »

Dernière actualisation : octobre 2018

***notes***

  • (1)L’oncopsychologue est un psychologue qui a fait une formation supplémentaire sur la prise en charge des patients atteints de cancer.
  • (2)Tout ne repose pas non plus sur le patient. Les prises de sang réalisées systématiquement avant chaque cure d’immunothérapie permettent à l’équipe soignante de détecter un effet secondaire avant même qu’il ne provoque un symptôme.
  • (3)Ambulatoire signifie en dehors du cadre d’une hospitalisation.

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