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CONNAITRE ET COMPRENDRE LES CANCERS ET LEURS TRAITEMENTS

Les cancers tête et cou


Les cancers des voies aérodigestives supérieures rassemblent toutes les tumeurs qui se développent dans la zone oro-rhino-laryngée (ORL). L’immunothérapie représente une avancée majeure et récente dans la prise en charge de ces cancers.

En Belgique, près de 2500 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Souvent liées à la consommation de tabac et/ou d’alcool, ces tumeurs représentent le 4e cancer le plus fréquent chez l’homme. « Les cancers ORL touchent particulièrement les plus de 50 ans », précise le Dr Yassine Lalami, oncologue médical à l’Institut Jules Bordet. « Mais des patients plus jeunes et souvent non tabagiques peuvent aussi être concernés par ce groupe de tumeurs. C’est notamment le cas des cancers oropharyngés qui, dans environ 20 % des cas, sont liés à une infection par HPV (1). »

L’immunothérapie dans les cancers de la sphère ORL

Il existe plusieurs types de cancers ORL. « Le traitement d’immuno-oncologie (IO) représente une nouvelle option pour la grande majorité des cancers ORL (2) au stade récurrent ou métastatique, à l’exception des tumeurs du nasopharynx, des glandes salivaires et autres tumeurs plus rares », explique le Dr Lalami. Actuellement, en Belgique, seul le nivolumab (un anticorps monoclonal ciblant le PD-1) est disponible dans cette indication, après échec d’une chimiothérapie par sels de platine. « Avec ce nouveau traitement, la survie à un an est plus que doublée par rapport à la chimiothérapie conventionnelle. Quand on connait le sombre pronostic de ces cancers, le progrès est indéniable. »

Réactiver le système immunitaire

Les résultats favorables des traitements d’IO sur certains cancers ORL s’expliquent par les particularités mêmes de ces tumeurs. « Elles sont considérées comme étant très immunosuppressives », poursuit le Dr Lalami. « C’est-à-dire qu’elles affaiblissent le système immunitaire du patient, ce qui favorise le développement cancéreux. Or, une immunothérapie va réactiver le système immunitaire contre les cellules cancéreuses, et favoriser ainsi leur destruction. »

Gérer les effets secondaires

Bien qu’ils soient généralement mieux tolérés que la chimiothérapie conventionnelle, les traitements d’IO ont un profil particulier de toxicités, de type immunitaire. En effet, l’immunothérapie lève l’un des freins (naturels) du système immunitaire. Celui-ci risque dès lors de fonctionner de manière excessive et se retourner contre des organes sains. « De tels effets secondaires sont plutôt fréquents », prévient le Dr Lalami. « Heureusement, la plupart sont de gravité faible à modérée. » Les plus fréquentes sont la fatigue, des éruptions cutanées (rash) , les troubles thyroïdiens et les pneumonies. Le tube digestif, le foie, les reins ou d’autres organes peuvent aussi être touchés. Les toxicités sévères sont rares. Et lorsqu’elles sont détectées à temps, elles peuvent être gérées favorablement grâce à l’usage des corticoïdes (3). La durée d’un traitement avec un agent d’IO pour un cancer métastatique n’est pas limitée dans le temps. « Tant qu’il n’y a pas de progression avérée de la tumeur, que le patient ne souffre pas de toxicités sévères ou encore qu’il tire un bénéfice clinique, nous poursuivons le traitement. »

Que nous réserve l’avenir ?

« Ce n’est que le début ! », explique le Dr Lalami. « A l’avenir, nous allons sans doute proposer l’IO plus tôt dans l’histoire naturelle de cette maladie. Plusieurs études en ce sens sont en cours... » Des résultats encourageants ont aussi été rapportés pour des cancers ORL locorégionalement avancés non métastatiques. Et il y a aussi des études qui testent l’immunothérapie en adjuvant ou en néo-adjuvant (4). « Ce sont des traitements complexes. Il faut déterminer le moment où l’immunothérapie serait la plus efficace en termes d’amélioration de survie globale et/ou sans rechute. » Bref, les perspectives sont nombreuses et d’autres avancées sont attendues dans les prochaines années.

***notes***

  • (1)Le papillomavirus humain (HPV) est l’infection sexuellement transmissible la plus fréquente. Chez la femme, certaines souches d’HPV peuvent être à l’origine de cancers de col de l’utérus.
  • (2)Plus précisément, il s’agit de carcinomes épidermoïdes des voies aérodigestives supérieures.
  • (3)Médicaments dérivés de la cortisone.
  • (4)Voir article « Les traitements anticancers »

Dernière mise à jour : 30 septembre 2018.

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